Les fléchettes : une histoire qui n’a rien de léger

Dernière mise à jour : 24 oct.

Qu’on les pratique au café, entre amis, ou devant des milliers de spectateurs à Londres, les fléchettes ont derrière elles plusieurs siècles d’histoire. Voici un tour d’horizon, en distinguant ce qui est bien établi de ce qui relève plutôt de la légende.
Des origines militaires
Les fléchettes naissent en Angleterre, au Moyen Âge. On raconte que des soldats, pour passer le temps, lançaient de courtes flèches sur le fond d’un tonneau ou sur une section de tronc d’arbre. Les cernes et les fissures du bois auraient inspiré la cible à secteurs que nous connaissons. Cette image est séduisante, mais elle reste une tradition plus qu’un fait documenté.
Le mot lui-même a des racines françaises : « dart » en anglais vient de l’ancien français dart, qui désignait un javelot ou un trait léger.
Quelques anecdotes à prendre avec un sourire
Plusieurs histoires circulent depuis longtemps :
Henri VIII aurait reçu un jeu de fléchettes d’Anne Boleyn.
Les Pèlerins du Mayflower, en 1620, se seraient eux aussi adonnés au jeu pendant la traversée.
Ces récits sont souvent repris, mais je ne connais pas de preuve solide qui les confirme. Ils témoignent surtout de l’ancienneté du jeu dans la culture britannique.
Le XIXe siècle : de la caserne au café
C’est à la fin du XIXe siècle que les fléchettes quittent progressivement les casernes pour s’installer dans les pubs britanniques. La tradition attribue à un charpentier du Lancashire, Brian Gamlin, la création vers 1896 de la numérotation actuelle de la cible (20, 1, 18, 4, 13, etc.). Cette disposition fait qu’un tir un peu imprécis est vite sanctionné par un petit nombre de points. Là encore, l’attribution est celle de la tradition populaire.
1908 : le jeu d’adresse reconnu
Une anecdote fréquemment rapportée concerne un tenancier de Leeds, William « Foot » Anakin. Poursuivi parce que les jeux de hasard étaient réglementés dans les débits de boissons, il aurait prouvé devant le tribunal, en plaçant ses fléchettes là où on le lui demandait, que le jeu relevait de l’adresse et non du hasard. La décision aurait contribué à la popularité du jeu dans les pubs. Le détail des faits varie selon les sources, mais l’épisode fait partie des grands récits fondateurs de la discipline.
Le XXe siècle : règles et compétitions
Les choses se structurent au fil du siècle :
1924 : création de la National Darts Association à Londres, qui contribue à uniformiser le matériel et les règles.
1927 : première édition du championnat individuel organisé par le journal News of the World, l’une des premières grandes compétitions nationales.
1973 : fondation de la British Darts Organisation (BDO).
1978 : premier championnat du monde BDO, à Nottingham, remporté par le Gallois Leighton Rees.
Les règles standard, elles, sont aujourd’hui bien fixées : la cible se place avec le centre à 1,73 m du sol, et le joueur lance depuis une ligne située à 2,37 m. Le format le plus courant est le « 501 », où l’on part de 501 points pour descendre jusqu’à zéro. Le score maximal avec trois fléchettes est de 180.
La scission et l’ère de la télévision
En 1992, plusieurs des meilleurs joueurs quittent la BDO et fondent ce qui deviendra la Professional Darts Corporation (PDC). Son premier championnat du monde a lieu en 1994 et revient à Dennis Priestley. Cette période est celle de l’essor télévisuel du jeu, avec des champions devenus de vraies figures populaires : Eric Bristow, Jocky Wilson, puis Phil Taylor, titré seize fois champion du monde.
Aujourd’hui
Les fléchettes connaissent un regain d’intérêt remarquable. En janvier 2025, Luke Littler remporte le championnat du monde PDC à 17 ans, devenant le plus jeune champion de l’histoire de la discipline. Ce sport, né dans les tavernes, remplit désormais des salles entières et attire un public bien plus large que son berceau britannique.
Ce qui reste frappant, c’est la simplicité du principe : une cible, trois fléchettes et un peu d’adresse. C’est sans doute ce qui explique que le jeu ait traversé les siècles.


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